Saint-Simon

       Claude Henri-Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825) est un économiste et un philosophe dont les idées eurent une postérité et une influence sur la plupart des philosophes du XIXe siècle. Il est cousin éloigné du duc de Saint-Simon, célèbre mémorialiste de la cour de Louis XIV et de la Régence. Son père est seigneur de Falvy et châtelain à Berny-en-Santerre. Ses parents vivent difficilement de leurs exploitations rurales et en sont réduits à solliciter des pensions de la monarchie. C'est dans ce milieu étriqué que Saint-Simon puisent le mépris d'une aristocratie oisive et improductive qui animera ses écrits. Sa famille prétend descendre des comtes de Vermandois et par eux de Charlemagne.

      Dès son enfance, Saint-Simon se distingue par son caractère insoumis. A 13 ans, il montre très tôt ses convictions athées, il refuse de faire sa première communion ; son père l'enferme alors à la prison de Saint-Lazare. Il agresse le geôlier, s'empare des clefs et se réfugie chez une tante.

       Un jour, mordu par un chien enragé, il cautérise la plaie avec un charbon ardent puis arme un pistolet pour se faire sauter la cervelle au cas où le remède ne serait pas efficace.

       Contestataire, il se couche devant la voiture d'un charretier, préférant être écrasé plutôt que de céder la place.

      A 14 ans, Il donne un coup de couteau à son précepteur qui voulait le soumettre à l'humiliante punition du fouet pour mieux lui faire apprendre ses leçons.

      De 1777 à 1783, il est officier de marine et participe à la guerre d’indépendance américaine avec le corps expéditionnaire français de huit mille hommes placé sous le commandement du général Rochambeau et de La Fayette. Il quitte ensuite l’armée pour se lancer dans la création de projets économiques. Parmi toutes ses idées, il propose au gouvernement espagnol la construction d’un canal de Madrid à la mer.

     Saint-Simon habite Falvy, district de Péronne, de novembre 1789 à octobre 1790, puis Péronne jusqu'à son emprisonnement, le 19 novembre 1793. Il entreprend de nombreux voyages d'affaires et des séjours à Paris.

      Le 7 février 1790, il préside l'assemblée électorale de Falvy qui doit choisir une nouvelle municipalité ; en remerciant ses concitoyens, il leur confie une crainte : "Il n'y a plus de seigneurs, Messieurs ; nous sommes ici tous parfaitement égaux ; et pour éviter que le titre de comte ne vous induise en l'erreur de croire que j'ai des droits  supérieurs aux vôtres, je vous déclare que je renonce à jamais à ce titre de comte que je regarde comme très inférieur à celui de citoyen"

      Le 12 mai 1790, à l'assemblée primaire de Marchélepot, alors canton, Saint-Simon rédige et fait voter une adresse à l'Assemblée nationale réclamant la suppression des privilèges.

       Le 20 septembre 1793, Saint-Simon se présente devant le Conseil général de la commune de Péronne. Sur le conseil du représentant du peuple Laurent, il demande à changer de nom. Il devient donc le citoyen Claude-Henri Bonhomme et prouve la fermeté de ses convictions en adoptant un vieillard.

      Les jours de repos, Saint-Simon prêche le nouvel Evangile dans l'église de Falvy. Son idée politique essentielle est d'interdire aux nobles et aux prêtres toute possibilité de ressaisir leur autorité en usant des voies légales qui conduisent au pouvoir ; le peuple doit les traiter comme des ennemis-nés et les écarter systématiquement des fonctions officielles ; ce serait même pour donner le bon exemple que l'ancien seigneur de Falvy aurait refusé tout mandat.

     De 1790 à 1797, il se lance dans une spéculation, associé à un banquier allemand Redern, sur les biens du clergé et des émigrés, confisqués par la Révolution. Il se constitue ainsi une fortune de un million, ce qui est énorme pour l’époque. Sa résidence devient l’un des centres culturels et intellectuels de Paris où se donnent rendez vous des physiciens, des mathématiciens, des philosophes, des historiens et des économistes. En 1801, il épouse Alexandrine-Sophie Goury de Champgrand, qui animera son salon durant une année.

      Saint-Simon est arrêté au mois de novembre 1793 puis placé en détention à la prison de Sainte-Pélagie pendant la Terreur. Les municipalités et les sociétés populaires de Falvy, de Péronne, de Cambrai décerneront à Saint-Simon les certificats de civisme les plus élogieux lorsqu'il sera emprisonné. Il est cependant libéré peu après le 9 thermidor an II (27 juillet 1794).

      Il mène grand train, il a de nombreuses liaisons. Mais toute médaille a son revers, c’est un gestionnaire médiocre et désordonné, finalement, il tombe dans la misère en 1810. Découragé, Saint-Simon se tire dans la tête une balle de pistolet. Il ne réussit qu'à se crever un œil. Il ne survit que grâce à son ancien intendant Olinde Rodrigue, puis à une pension de famille.

      Il mourut le 19 mai 1825, presque inconnu. Ses obsèques, purement civiles, eurent lieu au cimetière du Père-Lachaise le 22 mai. Sa famille n'était pas présente. Plusieurs de ses amis ou anciens amis étaient là : Olinde Rodrigues, Auguste Comte, Augustin Thierry, Barthélemy Prosper Enfantin. Le Dr Bailly et Léon Halévy prononcèrent chacun un discours.

       Peu lues de son vivant, ses œuvres s’enrichissent de l’interprétation et des développements qu’en font ses disciples. La pensée de Saint-Simon inspirera ainsi au cours du siècle nombre d’ingénieurs polytechniciens, de savants ou de financiers. Saint-Simon développe une théorie des classes sociales dans laquelle il oppose une majorité de travailleurs exploitée et une minorité d’exploiteurs que sont les oisifs, les propriétaires-rentiers et plus généralement tous ceux qui n’entreprennent pas.

     Saint-Simon appartient à la catégorie des philosophes qu’on nomme socialistes pré-marxistes et qui ont souvent été qualifiés de socialistes utopistes. Pourtant en plus d’avoir été un précurseur du socialisme moderne il a également été un penseur européen.


Les principaux écrits de Saint-Simon sont :

- Lettre d'un habitant de Genève à ses contemporains (1803) ;

- L'Introduction aux travaux scientifiques du XIXe siècle (1808) ;

- Une nouvelle encyclopédie (1810), dont il ne parut qu'une livraison ;

- De la réorganisation de la société européenne (1814), avec Augustin Thierry ;

- L'Industrie (1817) ;

- Le politique (1819) ;

- L'Organisateur, journal social (1820) ;

- Le Système industriel (1821) ;

- Le Catéchisme des Industriels (1824) ;

- Opinions littéraires, philosophiques et industrielles (1825) ;

- Le nouveau christianisme (1825).

 

Citations de Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon :

 

"L'âge d'or du genre humain n'est point derrière nous, il est au-devant, il est dans la perfection de l'ordre social."

 

"L'histoire est, dit-on, le bréviaire des rois; à la manière dont les rois gouvernent, on voit bien que leur bréviaire ne vaut rien; l'histoire, en effet, sous son rapport scientifique, n'est pas encore sortie des langes de l'enfance."

 

"La société tout entière repose sur l'industrie."


"La société ne vit point d'idées négatives, mais d'idées positives."

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